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Le Discount qui dit non.

mardi 27 janvier 2015, par Krusti

Un film de Louis-Julien Petit

Direct le film ? Non.
Diversion.
Il faut des prolégomènes, de l’introduction, de la mise en bouche.
Bref un apéro.

Quand j’étais lycéen, deux années de suite j’ai bossé plusieurs semaines l’été dans une grande surface.
La première fois au Mammouth de la petite arche et l’année suivante au Mammouth de Chambray.
Je me souviens de détails étonnants comme de mon premier salaire : 1111 Francs et quelques centimes en liquide ! (Mais avec feuille de paie et tout le tremblement …Ho !!!!).
1111 ça m’avait amusé cette série.
J’entrais dans le monde du travail par une porte symbolique.
Symbole de la routine, ou bien, plus encore, symbole dans le troupeau de la répétition de l’identique.
Le lendemain j’achetais ma première guitare sèche avenue de Grammont.
Ma dernière aussi.
J’ai toujours été nul en guitare.
J’achèterai plus tard la méthode d’apprentissage de Michel Haumont... le bout de mes doigts se souvient encore de la brûlure de jouer mais vraiment pas du contenu des tablatures.

L’arrière goût de la grande distribution ne m’était pas inconnu.

Séquence détail pour mon biographe ON


Mon père tenait (il en était le gérant en fait) un des ancêtres des grandes surfaces, un IFAPRIX à Tours nord avec 4 caisses enregistreuses en activité au plus fort de l’activité le WE. Magasin ouvert Dimanche matin !

Elles étaient vraiment belles les caissières. Maquillées qu’elles étaient en plus.
Le soir, le magasin fermé, elles devaient recompter deux fois le contenu de la caisse.
Même quand il n’y avait pas d’erreur.
Ensuite mon père en faisant autant. La fièvre de l’argent liquide.

Déjà à l’âge de dix/onze ans je traînais dans la réserve autant que dans le magasin lui-même.
Aucune zone ne m’était interdite. Le fils du patron que j’étais. Voila comment on me présentait aux clients. C’était une garderie en somme ce grand commerce.
Dans ces longues aprés-midi que je passais dans le magasin, j’étais le roi du Monde. Personne ne m’aurait rien dit à me voir me servir dans les rayons. Forcément... Le fils du patron !
J’en profitais même pas.
Il y avait déjà une putain de loi morale en moi.
J’étais déjà Kantien, j’étais déjà très con oui.
On m’aimait vraiment bien cependant.
J’étais la mascotte faut dire. C’est plus tard que j’ai compris la part de calcul qui entrait dans tout ça.

Traîner dans la réserve était un privilège énorme. « Accès interdit aux clients » qu’il était écrit sur les panneaux.

Tout ça se passait sur fond d’histoire locale [1]

Séquence détail pour mon biographe OFF

On voit tout de la réserve. On voit tout et on voit DE tout.

Retour au Mammouth de la petite arche du haut de mes 17 ans.
On m’avait affecté la première semaine aux bouteilles.
C’était passionnant.
Mettre des bouteilles en rayon.
De la marque pour les bourges jusqu’au tétrapak pour le tout-venant.
Le plus étrange et ça n’existe plus c’était la récupération des consignes.
Une tuerie.
Les clients arrivaient et avant de faire leurs courses avec leurs bouteilles vides étoilées ils les refilaient à un guichet un peu à l’écart.
En fait de guichet c’était plutôt comme une minuscule guérite et il fallait se baisser d’où, coté client, on distinguait mal le visage de l’employé derrière tout ça chargé de récupérer les bouteilles via un mécanisme à base de tapis roulant.
De l’autre coté donc, au bout du tapis, un vieil arsouille tout maigre.
La première fois je le regardais faire.
Il avait l’habitude, il remarquait tout de suite les bouteilles qui contenaient encore un peu de vin au fond.
Il les isolait.
Je ne sais plus ce qu’il donnait en échange de ces consignes, quelques pièces jaunes ou des bons pour avoir une ristourne à la caisse.
Les clients avaient intérêt à jouer le jeu de la consigne les bouteilles en verre, « c’est qu’ça coûte » comme on disait.

Quand ça se calmait c’est là qu’il sortait son entonnoir et qu’il récupérait tout ses restes et se constituait SA bouteille, synthèse de tout ce qu’il avait récupéré. Bonjour les mélanges.

Je ne raconte pas la suite mais dans le commerce c’est un principe il n’y a pas de petits profits.
Il est mort l’année suivante je crois. Du foie. Ça c’est sur.
Bon c’était un peu misérable comme séquence.
Mais bizarrement c’est pas du tout ce qui m’a écœuré le plus dans cette aventure initiatique… j’en ai assez dit.

Bref.

Discount est un film sympa. Son visionnage devrait être conseillé dans les écoles de RH.
Je suis pas en phase avec le parti-pris (de ce type de galère peut sortir une certaine forme de solidarité) et j’ai pas trop compris la fin mais... il y a de très belles séquences et....
Corinne Masiero y est impériale (au centre ci-dessous).

Sarah Suco (ci-dessous au comptoir) très convaincante et ma palme va à Pascal Demolon (ci-dessous au comptoir avec le bouquin).
Ce qui ne diminue évidemment en rien le jeu précis des autres artistes...

Notes

[1_ Enfin il faut savoir que le Maire de l’époque, Jean Royer, était à la fois Mr Anti-Pornographie, candidat malheureux à la présidentielle de 1974, et qu’il était surtout, juste avant de se couvrir de ridicule lors de cet événement electoral, ministre du commerce From WIKI « Jean Royer est nommé ministre du Commerce et de l’Artisanat dans le deuxième gouvernement Pierre Messmer en avril 1973, abandonnant son siège de député mais gardant son mandat de maire. Il sera notamment l’auteur en décembre 1973 de la loi d’orientation du commerce et de l’artisanat (ou loi Royer), qui règlemente l’ouverture des grandes surfaces de plus de 1 000 m2 dans le but de soutenir les petits commerces, cette loi est toujours en vigueur. »

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