Les joueurs d’échecs un film de Satyajit Ray


Rarement le jeu d’échecs aura pris autant de place dans un film.
Le jeu d’échecs sans l’évocation d’un champion, le jeu d’échecs sans l’évocation d’une seule partie d’échecs.
A ce titre il faut déjà saluer la performance du cinéaste Satyajit Ray.
C’est que l’enjeu de son film de 1977 (titre français « les joueurs d’échecs ») est tout autre qu’une célébration du jeu en lui-même ou bien de l’un de ses représentants illustres.
Tout a déjà été dit sur ce film déjà ancien… 1977 mon Dieu !
L’arrière-fond historique, la focale sur le destin particulier de deux notables locaux un peu niais, un peu fin de race (excellemment interprétés par deux excellents comédiens) épris du jeu d’échecs et aveugle « à tout le reste » à commencer par leur couple.

L’un est trompé par sa femme l’autre condamné à aller jouer ailleurs après avoir tenté de remplacer les pièces par des fruits et autres épices.

La pointe du film, concernant le jeu d’échecs et sa puissance symbolique, se trouvant dans l’évolution des règles. Ils commencent par jouer à l’indienne et apprennent (20° minute du film) qu’il existe des règles « anglaises ». Celles-ci stipulent que les pions peuvent avancer de deux cases et que le premier ministre est remplacé par une reine qui se retrouve, dans ses nouvelles règles, face à face avec la reine du camp adverse. Une troisième différence étant la règle de la promotion. C’est la Gloire de Victoria ! Mais ces nouvelles règles sont accueillies avec dédain et ricanements. Toute l’histoire qui voit l’évolution de la pression anglaise, se déroulera avec les règles traditionnelles.

Dans les dernières minutes du film, alors que l’Angleterre vient de conclure son « annexion », l’un des deux joueurs propose avec finesse de jouer une partie rapide selon ces nouvelles règles de l’envahisseur. C’est donc un film aussi sur le destin collectif, sur les destins individuels, mais aussi et surtout sur le fatum.

A bientôt ici ou ailleurs.