Voilà un livre qui ne manquera pas de soutiens… Déjà Pennac qui se ruine… J’ajoute que lors d’un passage à la librairie de Paris (place de Clichy) je suis tombé sur une annotation vraiment avantageuse…


Bien.
Trois thèmes ou alors trois toiles de fond, ou bien encore 3 facettes d’une même aventure sont à l’œuvre dans ce livre autour du match que l’on a qualifié, à raison, de match du siècle dans le monde des échecs à savoir la rencontre Fischer-Spassky en 1972 à Reykjavik. Les grincheux qui pensent que tout a été dit sur cette rencontre devront circuler.
Ces 3 thèmes sont la mythologie (Fisher dans la peau d’Achille et Spassky dans celle d’Ulysse) la psychanalyse (le narrateur se remémore au travers de ce match et son enfance et, par-là le rapport avec son père), la guerre froide avec son face à face USA/URSS (impossible d’y couper).
C’est audacieux.
Très audacieux.
Il faut reconnaitre à Alessandro Barbaglio un réel bagage pour ne pas dire une certaine érudition sur les sujets qu’il traite et l’idée, ou plutôt le lien qu’il tisse entre « LE » match et, principalement, l’Illiade et l’Odyssée est à la fois intéressant et assez souvent bien vu.
Après on frôle parfois l’indigestion.
Ils sont tous là.
Héros, régions, villes, symboles…La guerre de Troie, Ulysse, Circé, Achille (le Péléide), Hector, Patrocle, Charybde, Scylla, Apollon, le Cyclope, Priam et j’en passe bien sûr.
Tout comme sont présents les poncifs et les pistes sérieuses permettant de cerner au mieux la personnalité de Bobby (car c’est tout de même lui qui reste au centre de l’affaire) à savoir sa peur des femmes, son rapport à la religion, son antisémitisme…
Au fond et une fois de plus, puisque précisément la place des échecs est importante (euphémisme, on trouve même les « pgn » en fin d’ouvrages des quelques parties qui servent de « base réelle » au roman…) on se retrouve à mon sens comme nous nous étions retrouvé, la planète échecs, lors de la découverte de la série The Queen’s Gambit.
La réalité du jeu est-elle respectée ? La fiction ne va-t-elle pas trop loin ? Que faire du syndrome de la case blanche ?
J’ai entendu concernant la série que j’évoque d’étranges et assez désagréables commentaires, y compris de GMI, au seul prétexte que les parties filmées ne rendaient pas vraiment compte de la réalité des matchs tels qu’ils ont lieu « en réalité ».
C’est ne pas bien connaitre ce qu’est une fiction y compris lorsqu’elle est tirée d’un fait réel. C’est confondre l’art et le documentaire. Et puis il y avait une esthétique, comme toujours, de la contestation: Ne pas adhérer au propos échiquéen de la série étant l’ultime distinction qui nous sépare de la plèbe qui n’y verra que du feu.
J’en ai même vu qui trouvaient particulièrement disqualifiant le fait qu’en conclusion Beth Harmon et Vasily Borgov s’accordent une accolade chaleureuse non représentative de ce qu’était la réalité des rapports entre l’Est et l’Ouest à l’époque. Je n’imagine pas leur réaction au visionnage de Mary Poppins (Note Bene c’est impossible de voler avec un parapluie… j’ai essayé, tout petit…).
Bref je reconnais à l’auteur l’entière liberté de broder comme il l’entend autour de ce match que j’ai eu la chance, moi aussi, enfant, de suivre l’oreille collé au transistor.
Après je ne suis pas totalement enthousiasmé par ce roman pourtant « bien écrit », faisant preuve d’originalité, finement inspiré par endroits… Il me manque un fil conducteur plus « dense » et j’ai parfois ressenti comme du « remplissage ». Enfin le « tiers » consacré aux rapports Fils/Enfant ne m’a pas du tout convaincu.
Il y a même des passages terriblement embarrassants. J’ai noté page 104 « La nouvelle fait aussitôt le tour du monde. « Fischer a marché dans une merde ! ». Plus loin page 132 « Bobby ne recourt pas à la Benoni pour révéler au monde une partie de sa Psyché, il le fait parce qu’il est le fils de la douleur. Et il se vautre là-dedans comme une oie dans un bourbier, pour vous entrainer dans le fleuve de sang ».
Rappelons que le mot Benoni (une célèbre ouverture aux échecs) vient de l’hébreu (Ben-Oni signifiant « Fils de mon mal » ou « fils de mon humiliation » et la plupart du temps la traduction est fils de la douleur).
Bref je suis resté sur ma faim même si je reconnais le projet courageux et réussi par endroits… mais seulement par endroits.
A bientôt ici ou ailleurs.
« Fisher dans la peau d’Achille et Spassky dans celle d’Ulysse ».
Je suppose qu’il s’agit de Fischer dans la peau d’Achille et Spassky dans celle d’Hector, Krusti.
Sinon notre auteur italien est vraiment fâché avec la mythologie grecque.
Et bien non chère Lucie, il s’agit bien d’un Fischer-Achille et d’un Spassky-Ulysse… Là aussi le lecteur doit faire un effort…
Ton commentaire @Lucie n’apparait pas (il est vide en fait) mais je comprends ton effarement. Disons à gros traits que l’auteur accorde la ruse à Spassky et la férocité à Bobby. Après….